Le 26 décembre 1973, l'Amérique voit ses écrans littéralement agressés par un film où il est question d'une lutte entre le Bien et le Mal, d'un démon lointain, d'une fillette à l'innocence bafouée, de blasphèmes, d'un crucifix subissant les derniers outrages, de sang, de vomi et autres insanités, le tout se déroulant non pas au fin fond d'une forêt moyen-âgeuse mais au beau milieu d'une banlieue américaine tout ce qu'il y a de plus XXème siècle. Ce film à l'aura vénéneuse, c'est L'Exorciste, une œuvre électrisante qui plongera des millions de spectateurs du monde entier dans les affres cauchemardesques d'un rituel fait d'images et de sons aptes à en déstabiliser plus d'un. Cas exceptionnel d'une époque exceptionnelle où une major hollywoodienne pouvait se permettre de produire et sortir en fanfare un film véritablement radical mis en scène par un réalisateur déchaîné à qui rien ne résistait alors.
L'histoire démoniaque de "L'Exorciste" avait alimenté une énorme controverse lors de sa sortie en 1973. Le film qui met en scène la jeune actrice Linda Blair dans le rôle d'une gamine de 12 ans possédée par le diable aurait causé de nombreuses crises cardiaques parmi les spectateurs de l'époque!
Affiche: Acteurs: Ellen Burstyn, Max von Sydow, Lee J. Cobb, Kitty Winn, Jack MacGowran, Linda Blair, Reverend William O'Malley, Barton Heyman, Peter Masterson, Robert Gerringer...
Scenario: William Peter Blatty
Date de sortie de la première version: 11 Septembre 1974(France)
Date de la reprise(11 minutes inédites + un tout nouveau son numérique): 14 Mars 2001
Distribution francaise: Warner Bros, France
Quelques critiques de presse:
MCinéma.com
L'Exorciste reste LA référence du genre, et que son pouvoir machiavéliquement et délicieusement (??!) traumatisant reste intact.
Télérama
Que vous ayez ou non vu le film, précipitez-vous, il n'a pas pris une ride. Aujourd'hui comme hier, le réalisme quasi documentaire de cette histoire de possession saisit à la gorge.
Chronic'art.com
William Friedkin était à cette époque capable de nous donner la chair de poule devant le moindre de ses plans (...), portés par une beauté et une profondeur rarement égalées dans le cinéma fantastique.
Extrait d'un article de Mad Movies:
Par delà le spectaculaire et la crudité des scènes filmées dans l'esprit d'un reportage de guerre sublimé par un sens du cadrage limpide et un montage tendu, le film nous dépeint d'abord le portrait de personnages en plein doutes ballottés par une société qui se veut moderne, qui se croit humaine mais qui en réalité est elle même bien mal en point. C'est ainsi qu'il faut voir la foi vacillante du Père Karras. Celui-ci ne cesse d'être mis à l'épreuve tout au long du film. Par l'état misérable dans lequel se trouve sa mère d'abord (une source de culpabilité sans fin), par le démon ensuite, une entité qui, en prenant l'apparence de sa mère décédée seule dans un hôpital public sordide, le pousse dans ses derniers retranchements. Même chose pour le Père Merrin : depuis ses découvertes lors des fouilles archéologiques en Irak, il semble perturbé, comme s'il craignait d'être à l'origine de la délivrance d'un mal. Cette idée l'obsède au point de voir la statue de Pazuzu se matérialiser dans la chambre de Regan. Et que dire de Chris MacNeil, une femme qui vit mal la séparation d'avec son mari, une actrice qui voit son ami réalisateur négliger son art pour sombrer dans l'alcool, une mère qui voit son enfant mise en pièces par un mal que ni elle, ni la science ne peuvent identifier. Cette science qui en prend d'ailleurs pour son grade avec une armée de médecins réduits à l'impuissance, masquant leur désarroi par un jargon médical nébuleux et une batterie de tests à la froideur inhumaine, comme si la technologie, par un raccourci saisissant, infligeait autant de souffrance qu'un rituel moyen-âgeux... Au doute et à la remise en question, on peut également trouver dans L'Exorciste les angoisses d'une société adulte qui, face à la rébellion de sa jeunesse dans la drogue, le sexe et la contestation, ne sait plus quoi faire. Stephen King ne disait pas autre chose lorsqu'il le citait comme étant le film d'horreur sociale par excellence car réalisé à un moment où la fossé générationnel était à son apogée. A partir de là, on peut voir la possession de Regan comme la manifestation hystérique d'une crise d'adolescence...
Aujourd'hui, il nous reste un film qui, grâce à son aura sulfureuse, aura fait naître pas mal de rumeurs et fait cracher pas mal de venin, venant ainsi enrichir le statut légendaire d'une œuvre exceptionnelle. Qui par exemple, n'a pas entendu parler au moins une fois, de ces réactions hystériques avec tous ces spectateurs qui, en pleine séance, vomissaient, s'évanouissaient, étaient victimes de crises cardiaques pour les plus faibles, voire de fausses couches pour les femmes. Et que penser de cet ahuri qui se serait jeté sur l'écran pour capturer le démon ? L'Europe n'aura pas été en reste. En Allemagne, un type se serait suicidé après avoir vu L'Exorciste. En Grande-Bretagne, le film est jugé responsable du meurtre d'une fillette par un jeune adolescent. Friedkin, en habile manipulateur qu'il est, en rajoute lui-même une couche en racontant que... « Je me rappelle qu'un copain d'armée du Prince Charles d'Angleterre, qui avait vu le film, s'était rué à l'église et qu'il s'était immolé sur l'autel » (nan mais lol quoi !). Les fondamentalistes chrétiens y sont bien entendu allés de leurs petites remarques tel le télévangéliste Billy Graham qui qualifia le film de satanique (selon lui, le Mal s'était fondu dans la pellicule du film... vraiment nawak ce mec). On en passe et des meilleurs. Plus sérieusement, le tournage en lui-même ne fut pas de tout repos. Il faut dire que les méthodes employées par l'ouragan Bill pour stimuler ses acteurs (tous impeccables dans leurs interprétations) étaient plutôt particulières (genre le réalisateur qui s'amusait à tirer des coups de feu à l'improviste sur le plateau pour maintenir une ambiance bien tendue... clair qu'on voit pas ça tous les jours !)*. A en juger par le résultat à l'écran, on peut se dire que Friedkin a eu sacrément raison de bousculer tout son petit monde. Et n'oublions pas de citer le travail des gens qui ont contribué à la création d'un univers sonore unique (Robert Knudson et Christopher Newman, récompensés par un Oscar d'ailleurs) ainsi qu'au responsable d'effets spéciaux qui encore aujourd'hui, tiennent largement la route (Marcel Vercoutere) et celui des maquillages (Dick Smith, un mec qui aura loué ses talents aux plus grands parmis lesquels Coppola, Scorsese ou encore Cimino). Ouais, on peut dire que Friedkin a su s'entourer. C'est à ça qu'on reconnaît un authentique génie...
Voilà, que dire d'autre si ce n'est que L'Exorciste, et bien on continue à en parler avec passion trente ans après, signe d'un film à part, tourné à une époque à part, fruit d'une collaboration entre un juif agnostique et un libanais catholique qui, en plein Hollywood, auront su mener une aventure extrême jusqu'à son terme.


